Farida ou Faïda Hassan, une nationaliste espionne

Plusieurs historiens rappellent que durant la guerre du Rif Farida Hassan, parfois désignée par Faïda bent Hassan, a mené diverses missions d’espionnage aussi bien dans les camps espagnols au Maroc qu’en Espagne.  Malheureusement, à cette phrase près, la postérité n’a rien retenu sur cette femme.

Quoi qu’il en soit, Farida Hassan n’a pas été la seule femme à s’être impliquée dans les luttes anti-coloniales. En fait, les études qui se sont intéressées au sujet soutiennent que les femmes du Rif ont eu une longue tradition dans la prise des armes pour défendre l’intégrité territoriale de leur communauté.  Comme les exemples abondent dans ce sens, nous rappelons seulement les cas saillants. En 1916, lors des luttes contre l’occupation espagnole, les femmes de la tribu d’Anjara, se situant à proximité de Tanger, prenaient la place de leur conjoint qui tombait dans le front.  En 1921, les femmes d’une tribu de Jbala se sont réfugiées dans la montagne, ont déterré des fusils cachés, et ont embusqué une patrouille espagnole qui avait brûlé leurs maisons et leurs biens.

Durant la guerre du Rif qui a duré de1919 à 1926, les femmes ont joué un rôle primordial.  D’abord, d’après l’histoire orale des femmes anciennes combattantes telle que transcrite par Alison Baker, Abdelkrim al-Khattabi, leader de cette guerre, avait pour conseillère sa sœur Rahma.  Celle-ci était plus âgée que lui, elle était reconnue pour sa sagesse, sa perspicacité et sa lecture pertinente des enjeux politiques de son temps.  Aussi, al-Khattabi la consultait avant de prendre des décisions politiques.

Ensuite, les femmes espionnaient les camps espagnols. Rappelons à ce propos que les données des archives espagnoles à Ceuta et à Mellilia indiquent que les officiers espagnols n’ignorent pas le danger que représentent les femmes pour leur sécurité.  En effet, ceux-ci soutiennent que les actes d’espionnage les plus insidieux peuvent être commis par des femmes parce que celles savent que les autorités espagnoles ne les fouillent pas quand elles traversent les zones occupées et les zones libres.  Et ils ont raison de croire que les femmes peuvent être des espionnes.  Farida Hassan n’est probablement qu’un exemple parmi tant d’autres.

De façon similaire, les femmes trafiquaient les armes des zones libres aux zones occupées.  En fait, comme les hommes sont systématiquement fouillés quand ils traversent les zones libres et les zones occupées, les femmes ont largement contribué à approvisionner leur communauté en armes.  Toujours d’après les données des archives  espagnoles à Melillia, un officier espagnol a averti ses homologues que toutes les femmes qui quittent la zone espagnole pour aller au marché dans les zones libres sont susceptibles de transporter chacune 20 à 30 cartouches.  La délégation des anciens combattants et des membres de l’Armée de libération a publié deux volumes relatant l’engagement des femmes dans les luttes anticoloniales.  Aussi, on apprend que de nombreuses femmes ont transporté des armes, dont Fatima Dkhissi à Taza, Mouna Abache et Rkia bent AbdSlam.

Enfin, les femmes ont pris part dans les affrontements militaires. Le leader al-Khattabi donnait des instructions telles que chaque tribu envoyait d’une part un groupe de femmes qui s’occupaient de soigner les personnes blessées, de charger les fusils et de transporter des messages entre divers colonnes de combattant-es, et d’autre part, un autre groupe de femmes qui était directement impliquée dans le front avec les hommes.   À ce sujet, des femmes se sont distinguées par leur courage et leur combattivité.  Aïcha bent Abi Ziane âgée d’à peine 15 ans aurait joué un rôle déterminant dans la célèbre bataille al-Noual où quelques milliers de paysans rifis, armés de fusils tout à fait obsolètes, ont vaincu des dizaines de milliers de militaires professionnels espagnols.  Cependant, comme Aïcha bent Abi Ziane est devenue une légende, c’est difficile de distinguer la légende des faits historiques.

Sources :
Assia Benadada, «Les femmes dans le mouvement nationaliste marocain», in Femmes du Maghreb (Toulouse : Presses Universitaires du Mirail, 9/1999), 67-73 : 69.

C.R. Pennell, «Women and Resistance», The Journal of African History vol. 28 no. 1 (1987) 107-118 : 113-114.

Rosita Forbes, El Raisuni, The Sultan of the Mountains, His Life Story as Told to Rosita Forbes (London : Thornton Butterworth, 1924), 281-282.

Habib Jamati, Tahta Sama’ al-Maghreb (Dar al-Qawmiya li-Tibaa wa n-Nachr, 1964).

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